Médecins du travail : derniers défenseurs du capital humain | Santé Recrut

La médecine du travail

Médecins du travail : derniers défenseurs du capital humain

Actualités | 18/04/2017 - Zoom sur la médecine du travail

En promettant des mesures visant à renforcer l’attractivité de la carrière de médecin du travail d’ici août 2017, le gouvernement cherche à colmater quelques fissures creusées par la loi travail votée au forceps, il y a six mois.

     Plus assez nombreux, les médecins du travail s’entourent de collaborateurs qui pourront à partir de l’an prochain, aussi statuer sur l’aptitude des salariés. Cet élargissement des missions confiées aux collaborateurs médecins intégrés aux services de santé au travail depuis 2011 témoigne une nouvelle fois de la pénurie de spécialistes. Ces médecins collaborateurs peuvent désormais pratiquer tous les examens prévus dans le cadre du suivi individuel de la santé des salariés et leur interdiction de prononcer des avis d’aptitude ou d’inaptitude vient d’être supprimée.

     Alors, dans ces conditions comment va évoluer la spécialité de médecine du travail ? La question est clairement posée, mais force est de constater que leur positionnement est aussi désormais managérial. En entreprise ou interentreprises ils se retrouvent à la tête d’équipes constituées d’infirmières d’ergothérapeutes voir même de kinésithérapeutes pour observer et prévenir les risques dans le cadre d’un emploi. Un œil expert sur les postures et les risques liés à chaque poste pour éviter que le travail nuise à la santé. Une mission experte qui redouble aujourd’hui d’importance.

     L’objectif est de protéger celles et ceux qui travaillent. Pas de quoi chômer, d’autant que le droit tend à élargir les prérogatives des uns et des autres dans ce domaine qui restait jusqu’à présent leur pré carré. Mi-décembre, le Conseil d’État vient par exemple de se prononcer sur la possibilité pour le supérieur hiérarchique de procéder à des tests salivaires sur ses collaborateurs. Cette haute juridiction a été saisie suite à l’annulation par un inspecteur du travail de certaines dispositions du règlement intérieur d’une société de BTP prévoyant cette possibilité. Problème, l’inspection du travail elle-même est mise à mal et le rôle des médecins du travail n’a jamais été aussi important. Avec 2600 inspecteurs du travail voué à contrôler près de 2 millions d’entreprises et 20 millions de salariés, ces agents sont à la peine.

 

INDIGNATION, RÉFLEXION ET FORCE DE PROPOSITIONS

 

     Alors, priorité aux urgences et les seuls qui sont à même de déclencher ces investigations restent les médecins du travail qui sur le terrain, observent, écoutent et peuvent témoigner des difficultés rencontrées. Un exercice qui sort clairement de l’ordinaire puisque s’engager en médecine du travail requiert quelques qualités indispensables qui ne sont pas enseignées à la faculté ! Optimisme, capacité d’indignation, réflexion, force de propositions et plus que tout, volonté d’actions.

     Ces médecins au cœur des entreprises sont sur le terrain en première ligne pour déceler les souffrances et les maladies liées aux situations à risque. Le stress et les suicides au travail désormais, attestent aussi de l’importance croissante de leur exercice. À l’heure où l’âge de la retraite ne cesse de reculer, ces trop rares spécialistes deviennent les derniers défenseurs du capital humain.

 


 

TEMOIGNAGE

Patrick Aviat, ancien médecin du travail

     « J’avais d’emblée choisi cette spécialité, car je suis un adepte de la prévention. Également médecin du sport, les salariés sont très à l’écoute de nos conseils et recommandations. Je me souviens notamment d’une campagne pour lutter contre les risques liés à l’alcool, menée avec les salariés et la direction dans une filiale du groupe Michelin. Notre capacité d’écoute et d’observation permet de repérer les risques et de proposer des solutions qui savent les surprendre. L’essentiel est de faire passer les messages, quitte à créer une équipe de foot au sein d’une entreprise pour faire passer des messages de prévention. Il ne faut pas être frustré d’emprunter une spécialité où l’on ne peut pas prescrire. Beaucoup de solutions ne sont pas médicamenteuses et notre liberté en service autonome n’est jamais remise en cause. »

 

 

 

Source : @laurencemauduit

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